Pourquoi le Freeze All ?

Le freeze all consiste à vitrifier (=congeler) l’ensemble des embryons obtenus lors de la ponction ovocytaire pour les remplacer dans un second temps dans l’endomètre préparé.

Il s’agit donc d’une dissociation entre la stimulation pour obtenir les ovocytes et l’acte de transfert, le plus souvent d’un blastocyste (embryon à 5 jours).

Les différentes études scientifiques concluent que les résultats en termes de naissances vivantes cumulées (1ère grossesse obtenue après transfert successif des embryons frais et vitrifiés) est identique si cette stratégie de freeze all est proposée par rapport à un transfert frais suivi de transferts d’embryons vitrifiés.

La 1ere raison d’un freeze all est le risque pour la patiente de faire un syndrome d’hyperstimulation ovarienne (SHSO). Le SHSO est un des plus fréquent effet secondaire de nos stimulations ovariennes. Si les conséquences sont le plus souvent peu grave (douleurs pelviennes, ventre gonflé…), malheureusement il existe des cas graves (phlébite, embolie pulmonaire). L’hyperstimulation conduit à la sécrétion de « VEGF » et cela va entrainer « une augmentation du liquide dans le ventre et le risque de thrombose », pour simplifier l’explication. Ce SHSO arrive lorsque le recrutement des follicules est très important. Il est alors provoqué par le déclenchement de l’ovulation par hCG (=ovitrelle) et la grossesse.

Une des solutions pour l’éviter est de diminuer les doses d’injection de gonadotrophine (=injections pour stimuler les follicules) ou d’annuler la tentative. Mais cela est peu satisfaisant et l’objectif est d’obtenir le plus d’ovocytes matures pour obtenir ensuite la grossesse évolutive.

Le freeze all évite de façon quasi-total ce risque : le déclenchement de l’ovulation se fait par un agoniste de la GnRH (=Décapeptyl, 2 poudres). En revanche ce traitement ne permet pas d’aider à implanter l’embryon dans la « foulée », car il est moins puissant que l’hCG et, seul, il n’y aurait pas de grossesse évolutive.

Une autre raison du freeze all est la montée trop importante de la progestérone à la fin de la phase de stimulation : si la progestéronémie est > 2ng/mL, les taux de succès sont diminués. Si ce taux est entre 1,5 et 2ng/mL, les études sont moins claires mais l’on peut penser qu’un freeze all ne peut pas être délétère.

Parfois l’endomètre est trop fin ou, a contrario, trop épais au moment de la ponction et là aussi une dissociation entre la ponction et le replacement permet d’essayer d’améliorer les chances d’implantation dans un second temps.

Enfin, cette stratégie est aussi proposée si un traitement médical ou un acte chirurgical sur l’endomètre ou le myomètre (utérus) est nécessaire pour augmenter les chances d’implantation. C’est parfois le cas en présence de polype, myome ou adénomyose.

Le freeze all est donc une stratégie qui certes retarde un peu la prise en charge mais permet d’éviter des effets secondaires potentiellement graves et d’améliorer les chances d’implantation.

 

Dr Pierre OGER